Doudou, tu savais que Belfast est la "capitale" de l'Irlande du Nord depuis 1922 ? un topo rapide : de 1919 à 1921, guerre d'indépendance entre l'Armée Républicaine Irlandaise (IRA) et les Britanniques. En juillet 1921 une trêve, sanglante, jusqu'au 6 décembre 1921 date à laquelle le traité anglo-irlandais donne naissance à l’État libre d'Irlande. L'Irlande du Nord a le choix de rester anglaise, ce qu'elle a fait. Et après ? Après, ce sont les Troubles fin des années 60 avec le mouvement pour les droits civiques comme je t'ai expliqué à Derry. Et les Murals, les célèbres fresques murales que l'on découvre dans West Belfast vont tout nous raconter !
On arrive dans le quartier républicain et catholique en empruntant Divis street qui devient Falls Road. En avril 1966, les protestants loyalistes créent le "Comité de défense de la Constitution d'Ulster"et sa branche paramilitaire, l'Ulster Protestant Volunteers (UPV), afin de s'opposer à l'IRA. Une bombe est déposée dans un pub par l'UVF (Ulster Volunteer Force) appartenant à l'UPV le 7 mai 1966. Le 27 mai, un catholique républicain pris au hasard dans le quartier de Falls Road est assassiné devant son domicile.
C'est le début de l'escalade, d'une guerre sans merci entre catholiques républicains et protestants loyalistes. Ces derniers multiplient les agressions envers les catholiques, les églises, les commerces et les hommes politiques. En décembre 1969, l'IRA se divise en 2 branches : l'Official Irish Republican Army et la Provisional Irish Republican qui deviendra l'Ira, organisation paramilitaire. En 1972, Bobby Sands rejoint l'IRA alors que sa famille vient d'être contrainte de quitter son domicile familial sous la pression des protestants. A a fin de l'année, il est arrêté pour possession d'armes, envoyé en prison d'où il ressorte en 1976. Arrêté de nouveau 1 an plus tard pour suspicion d'attentat, il est condamné à 14 ans de prison et réussit à se faire élire député. Comme un certain nombre de ses camarades, il entame la fameuse grève de la faim pour dénoncer les conditions des prisonniers de l'IRA et meurt le 5 mai 1981. Devenu un héros, son image trône dans le quartier de Falls Road.
Mais il n'est pas le seul. Les photos d'autres activistes de l'IRA morts lors de cette célèbre grève de la faim sont exposées dans le quartier de Falls Road.
Shankill Road est un autre symbole de Belfast. Située dans le quartier protestant, elle affiche clairement son appartenance au Royaume-Uni.
Shankill Road possède aussi ses peintures murales qui retracent le combat entre catholiques et protestants et des impasses qui semblent tranquilles.
Les belfastois loyalistes n'hésitent pas à exhiber sur leurs murs des fresques représentant leurs hommes politiques. Hugh Smyth, maire de Belfast de 1994 à 1995 et dirigeant du PUP (parti unioniste progressiste) lié à l'UVF.
Le 10 avril 1998, l'accord du Vendredi Saint, ou accord de Belfast, devait mettre fin à 30 ans de conflit entre les 2 communautés. Malgré la ratification de ce traité,il fallut attendre le 26 septembre 2005 pour que l'IRA dépose définitivement les armes et le 27 juin 2009 pour que l'UVF termine officiellement son désarmement.
Et entre les deux, les Murs de la Paix ou Peace Line. Érigés à partir de 1969 en lieu et place des barricades, ils étaient destinés à protéger chaque communauté des agressions de sa voisine. Les black taxis se sont faits les spécialistes des visites guidées entre Murals et Peace Line. Organisés en coopérative et souvent conduits par des ex-prisonniers et/ou chômeurs, ils vous racontent l'histoire de Belfast et ses périodes les plus sanglantes.
A partir de 2013, les Peace Walls devaient disparaitre sur 10 ans. Aujourd'hui , une très grande partie se dresse encore. Ils sont le témoignage d'un passé toujours présent, ils font partie de l'histoire irlandaise en général, de l'histoire de Belfast en particulier. Le tourisme y est probablement aussi pour quelque chose. Plus de 3 millions de touristes visitent Belfast chaque année. Les portes sont ouvertes pour eux.
Malgré cela, j'ai ressenti une sorte de pesanteur, comme si rire trop fort ou se réjouir n'était permis qu'à l'abri des regards dans ces quartiers que l'on dit populaires. Nous retournons vers le centre-ville de Belfast, plus joyeux et plus animé. Rien n'y fait. Pour moi, je dis bien "pour moi", certains endroits sont trop empreints de leur passé douloureux dont la trace demeure indélébile. Belfast et Derry/Londonderry en font partie.
Black Taxi Tours Belfast : Belfast, Northern Ireland
Renseignements et réservation en cliquant sur le lien : Black Taxi Tours Belfast