Matsuyama, sur la route du pèlerinage de Shikoku

Hôtel capsule, la pilule bonheur de Doudou

Doudou est fébrile, il va enfin dormir dans un hôtel capsule. Depuis le temps qu'il en rêvait ! 50 mn de train depuis Yawatahama et nous atteignons Matsuyama, la ville la plus grande de Shikoku. Célèbre pour ses sources chaudes millénaires et son célèbre Dôgo Onsen, son château en partie préservé dans son état d'origine, Matsuyama est également connu pour son temple, Ishite-Ji, 51ème des 88 temples sur la route du pèlerinage de Shikoku. Nous prenons le tramway qui nous dépose au pied de notre hôtel capsule, la grande aventure de Doudou peut commencer.

Un tramway nommé plaisir, Matsuyama, Japon, photo non libre de droits
Un tramway nommé plaisir, Matsuyama, Japon, photo non libre de droits

Si vous observez bien la photo, vous apercevez l'entrée de notre hôtel entre le bus orange et l'estafette blanche. Doudou ne sent plus le poids du sac à dos et s'engouffre dans l'entrée puis dans l'ascenseur. L'hôtel capsule se situe en haut du building, quelques étages et Doudou peut toucher son Saint Graal. Accueil charmant, anglais absent mais sourires et amabilité au rendez-vous. Le réceptionniste nous fait faire le tour du propriétaire : une partie nuit pour les hommes, une partie nuit pour les femmes, des douches communes d'une propreté à faire pâlir d'envie certains hôtels haut de gamme français. Et, la découverte de ce qui sera notre dodo pour deux nuits, les fameuses capsules. Mon cher et tendre court partout, tel un gamin de 6 ans, admire, touche, tire portes et rideaux.

Des rangées de boîtes empilées fermées par des portes accordéon courent le long de couloirs moquettés sans un grain de poussière. Ici, les clients déposent leurs chaussures à l'entrée dans des casiers privés. Nous prenons chacun nos quartiers et je tente tant bien que mal de rentrer ma valise dans le placard en fer qui m'est destiné. Impossible, l'armoire est trop petite, je dois la vider, écraser mon bagage et empiler tant bien que mal toutes les affaires au dessus de la valise et dans les coins du placard. Grr, ça commence bien. Je me sens devenir un être de mauvaise foi, comme Doudou ce matin. Je respire un grand coup, me calme et pleurniche auprès de mon mari qui vient récupérer son trépied pour photographier son petit paradis. Il a déjà pris possession de sa capsule et grimpé sur toutes les échelles du coin.

"Tu n'arrives pas à rentrer tes affaires ? Moi ça va, tout est dedans". Forcément, il a pris la plus petite valise. Devant mon air courroucé, il bat en retraite et rejoint son coin dodo qu'il s'empresse d'immortaliser. Je vous entends vous exclamer : "certaines  photos sont roses". Normal, une employée est venue tirer les rideaux pour calmer les ardeurs du soleil qui pénètre avec force et chauffe les boîtes. Je sens bien qu'entre l'hôtel capsule et moi, ça ne sera pas une grande histoire d'amour. On y va, Doudou ? Faut que j'aille respirer, ici il commence à faire chaud.

Une ville en tramway, Matsuyama, Japon, photo non libre de droits
Une ville en tramway, Matsuyama, Japon, photo non libre de droits

Isaniwa-Jinja, un sanctuaire ignoré des touristes

Un ballet incessant de tramways couleur acidulée ravit nos yeux de français habitués aux tons sombres et peu engageants des transports en commun. La main experte gantée de blanc d'un conducteur de tram vert nous mène vers le "quartier thermal" de Matsuyama, afin de visiter Isaniwa-Jinja, sanctuaire shinto classé Bien Important du Japon.

Un escalier de pierre se chauffe au soleil, à son sommet se dresse Isaniwa-Jinja, un temple shinto daté de 1667. A l'intérieur, ne déambule aucun visiteur, nous sommes seuls. Bien que classé Trésor National, ce temple ne semble susciter aucun intérêt auprès des touristes. Pourtant, une promenade en son sein amène notre âme au repos et à la quiétude.

Les peintures murales vieillissantes, mais émouvantes, retracent quelque peu l'histoire d'un Japon ancestral où la force et le courage se mêlent au raffinement et à la délicatesse de la vie quotidienne.

Un dernier regard et nous redescendons les escaliers pour rejoindre l'horloge Botchan Karakuri. Cékoidonc ? Une horloge érigée en 1994 pour fêter le centenaire du Dôgo Onsen Honkan, un magnifique bâtiment de bois qui renferme 7 sources chaudes où l'on peut et doit se prélasser. Cette fois ci, pas question d'y échapper, nous y plongerons, enfin tremperons, pendant notre séjour.

1er regard sur Dôgo Onsen

Cette horloge, qui s'anime toutes les heures, se situe à l'entrée d'une galerie marchande débouchant sur le Dôgo Onsen. Elle s'inspire de personnages d'un célèbre roman se situant à Matsuyama, Botchan, écrit par Natsume Soseki. Très intéressant pour notre petite culture personnelle, mais comme nous ne connaissons ni l'écrivain ni le livre, nous nous plongeons (oui) dans la contemplation de ladite horloge.

L'horloge de Botchan, Matsuyma, Japon, photo non libre de droits
L'horloge de Botchan, Matsuyma, Japon, photo non libre de droits

Et l'animation alors ? Après, ce n'est pas l'heure. Regardez plutôt l'image de Dôgo Onsen, vous aurez ainsi une idée de l'ampleur du bâtiment. A 2 mètres de l'horloge Botchan, nous entrons dans la galerie marchande et arrivons devant l'entrée de cette construction de bois. Doudou y campe et capture un groupe de onseniens vêtus de la tenue typique des adeptes du onsen : le yucata.

Japonais en Yucata, Matsuyama, Japon, photo non libre de droits
Japonais en Yucata, Matsuyama, Japon, photo non libre de droits

A Matsuyama, il est courant de croiser les onseniens déjà apprêtés aux abords de Dôgo Onsen.  Il ne leur reste plus qu'à pénétrer dans ce haut lieu du bain japonais fréquenté par plus d'un million de visiteurs à l'année, y compris la famille impériale. Demain, ça sera notre tour , Doudou. Retour vers l'horloge Botchan qui s'illumine à la nuit tombée.

Lumière à Matsuyama, Shikoku, photo non libre de droits
Lumière à Matsuyama, Shikoku, photo non libre de droits

Et l'animation, alors ? Demain, ce n'est plus l'heure. Doudou l'implacable photographe a passé trop de temps devant l'entrée du Dôgon Onsen, victime de sa passion de l'image parfaite. Impossible de l'arrêter, il dégaine encore dans le tram qui transporte des japonais  subjugués par leur téléphone portable.

Un monde parallèle

Une porte ouverte sur la vie japonaise se ferme sur un wagon figé dans l'instant. La lumière prend de la vitesse, s'irise et statufie  des corps privés de mouvement. L'objet mécanique se meut, le capteur se saisit des éclats luminescents qui se brisent sur les vitres. Les statues de chair et de sang, cristallisées par la technique, ne respirent plus. Certaines reprennent vie dès lors que la porte s'ouvre sur leur existence, laissant leurs congénères plongés dans l'immobilisme absolu. Et la porte ouverte sur la vie japonaise se ferme à nouveau sur un wagon figé dans l'instant.