Beppu, entre vapeur et fumerolles

Beppu, la ville aux sources chaudes

8 heures du matin, j'ai la dent. Traduction : j 'ai faim. Mais face au buffet japonais, mon estomac est plus que récalcitrant, j'en peux plus du riz, des boulettes, du poisson et de ces curieuses plantes que les japonais affectionnent et mettent partout. Miam, une bonne baguette aux graines de lin avec du beurre demi sel et du camembert à point ! Ah, non, ce n'est qu'un mirage. Allez, Mamie Patty, force toi, aujourd'hui il y a de la route à faire avec un changement de train. Où allons-nous ? Me demande un Doudou grignotant du bout des dents un semblant de tartine. A Beppu, on y trouve des sources thermales, des fumerolles qui s'échappent de partout et des onsens dans lesquels nous pourrons faire trempette à la mode japonaise. Doudou avale ta dernière saucisse, faut y aller.

Gare de Kokura, Japon, photo non libre de droits
Gare de Kokura, Japon, photo non libre de droits

Mais quelle est donc cette gare, vous demandez-vous avec curiosité ? La gare de Kokura, vous réponds-je. C'est ici que nous changeons de train après Hiroshima. Enfin, normalement. Parce qu'en demandant où se trouve le quai de notre train, le personnel nous répond gentiment qu'il n'y en a pas ! Sorry ? Can you repeat ? Et bien, il y a eu un accident sur la voie et le trafic est interrompu, pas de train avant demain matin. Ça n'arrange pas nos affaires, vu que j'ai réservé un petit logement et que le proprio nous attend à la gare de Beppu. On fait quoi Madame ? Vous pouvez prendre le bus !

File d'attente pour Beppu, Japon, photo non libre de droits
File d'attente pour Beppu, Japon, photo non libre de droits

Mais quelle est donc cette file d'attente, vous demandez-vous avec curiosité ? La file pour le bus de Beppu, vous réponds-je. Désolé, Doudou mais va falloir mettre la main au porte monnaie car ce bus ne fonctionne pas avec le Jr Pass. Pff, même pas marrante me répond un mari déjà en quête de yens dans son coffre fort portable  (je plaisante).

Le voyage en bus est beaucoup plus long qu'en train, nous ratons notre rendez-vous. Mais au point info tourisme de la gare de Beppu, une charmante hôtesse téléphone au proprio de l'appartement que nous avons loué et ce dernier vient nous pickuper (ne cherchez pas, ce mot n'existe pas mais j'adore l'utiliser).

Hôtesse japonaise et proprio tchèque, même accueil et même serviabilité. Mais pourquoi ne pas se débrouiller seuls vous demandez-vous ? Parce que les sources chaudes sont à l'extérieur du centre-ville dans le quartier de Kanawa, que j'y ai réservé  notre dodo et que j'ai pas envie de prendre le bus pour nous y rendre vous réponds-je. N'ai plus 20 ans moi et Doudou non plus !

Des fumerolles légères, de la vapeur d'eau opaque qui s'élève vers le Paradis, voilà ce qui caractérise la ville de Beppu. Surnommée la ville la plus géothermique du monde, tout le Japon s'y précipite pour bénéficier des bienfaits de ses sources thermales. Capturées puis domptées, elles s'infiltrent dans les tuyaux, coulent dans les canalisations et exhalent leur haleine par une multitude de bouches ouvertes vers le ciel. Surprenant, intimidant, mais pas effrayant malgré le bruit qu'elles laissent échapper. Pourtant, 8 d'entre elles sont surnommées  "Jigoku" ou "Enfers".

Shiraike Jigoku, l'enfer blanc, Beppu, photo non libre de droits
Shiraike Jigoku, l'enfer blanc, Beppu, photo non libre de droits

Doudou, je t'emmène en enfer ? Tu y es déjà depuis que tu me connais ? Ah tu plaisantes ? Mouais, on règlera ça plus tard. 1ère source chaude, Shiraike Jigoku, l'Enfer du lac blanc. On y achète 2 pass pour le célèbre circuit Jigoku Meguri et on en visite 7 ? Non, le huitième n'est pas compris. Mais ça ferme à 17 heures, faut pas traîner. J'avais prévu 3/4 de journée mais pas les accidents ferroviaires ni que mon Doudou d'amour passerait 20 mn pour capturer de la vapeur d'eau.

Oniyama Jigoku, Beppu, Japon, photo non libre de droits
Oniyama Jigoku, Beppu, Japon, photo non libre de droits

Ou ferait 36 prises, comme celle d'Oniyama Jigoku, l'Enfer de la montagne aux démons. Non, je n'exagère pas, je les ai comptées. Bon, je reconnais que le plan est du plus bel effet mais quand même. Je commence à ressembler aux sources, je bous d'impatience ! Ici, la pression est si forte qu'elle permettrait de tracter un wagon et demi ( je parle de la vapeur d'eau, pas de moi, quoique...).

Kamado Jigoku, Beppu, Japon, photo non libre de droits
Kamado Jigoku, Beppu, Japon, photo non libre de droits

Un saut à Kamado Jigoku, l'Enfer du four, histoire de changer de couleurs. Dans les Enfers de Beppu, on ne se baigne pas, à moins de vouloir ressembler à un œuf dur. D'ailleurs, certains jigoku en ont fait une spécialité et vous pouvez les acheter (évidemment) pour y goûter.

"Zen, soyons Zen". J'emmène le photographe fou vers un enfer pas très catholique : Oniishibozu Jigoku ou Enfer de la tête de moine, ou Enfer du Bonze. Il paraît que ses petits cercles de boue ressemblent à une tonsure de moine. Ha. La prochaine fois que j'en vois un, je monterai sur un escabeau pour vérifier. En tout cas, c'est bien joli ce dégradé de gris. Oh, ça va. Je reconnais que passer du temps pour prendre une belle photo c'est nécessaire. Allez, on continue, l'heure avance à grands pas.

Umi Jigoku, Beppu, photo non libre de droits
Umi Jigoku, Beppu, photo non libre de droits

Nous terminons par Umi Jigoku, l'Enfer de la mer, dont la couleur bleu-vert évoque les lagons des mers du sud. Il est le plus connu des Enfers et les touristes s'agglutinent autour de son bassin. Doudou, je ne suis pas diabolique au point de les faire disparaître, tant pis s'ils sont sur la photo.

Heureusement, à proximité il y a un étang où flottent de joyeux nénuphars, sans touristes aux abords et le joyeux Doudou fait crépiter joyeusement son joyeux appareil photo ! Et je suis quitte à patienter, un peu moins joyeusement, les yeux rivés sur l'heure.

Doudou, une dernière photo, on ferme ! Impossible de voir les deux derniers jigoku, Chinoike Jigoku (Enfer  du bassin sanglant) et Tatsumaki Jigoku (Enfer de la tornade). Joli photo, n'est ce pas ? Sauf que ces mignonnes petites étoiles mauves sont... fausses. Un enchevêtrement de fils électriques jonche le sol et relie ces fleurs les unes aux autres, un savant relai racinaire qui les fait s'illuminer à la nuit tombée.

Je reste quelque peu sceptique quant à l'utilité de cette visite. Même si nous l'avons faite au pas de course (ah les aléas du voyage ), aurions-nous mieux apprécié si nous avions eu plus de temps ? Je ne crois pas. Ayant visité Yellowstone, nous établissons, évidemment, une comparaison qui n'a pas lieu d'être. Nous préférons nettement nous promener dans le quartier de Kanawa, errer dans un dédale de rues quelque peu fantomatiques et vidées de ses habitants malgré l'heure peu tardive.

De nombreux onsen sont disséminés dans les rues tranquilles de Kanawa. Les eaux thermales captées laissent apparaître à l’extérieur des dépôts multicolores. Les jets de vapeur voilent et dévoilent des façades de pierre, de métal et de bois  tantôt bigarrées tantôt grises qui incitent à une certaine mélancolie. Le bruit de la rivière et les sifflements de la vapeur sont les seuls signes de vie de cette cocotte minute digne de la cuisine d'un géant.

Doudou, vous voici arrivés dans notre rue. Mais si, c'est là, on aperçoit l'enseigne. Les onsens sont ouverts tard dans la nuit. On mange d'abord et on y va après où l'inverse ? Tu as faim? Ça tombe bien, moi aussi. Nous n'avons rien dans l'estomac depuis ce matin, excepté un minuscule (mais délicieux) sandwich grignoté à la va-vite à la gare. Et moi, quand j'ai faim, je suis imbuvable. Nous installons notre dodo, notre première expérience de tatami, et nous partons dîner. Ben non, pas de photos. Dommage, ça valait le coup. Nous sommes assis sur une natte, tordus comme de vieilles branches. C'est que nous n'avons pas l'habitude et que l'arthrose n'arrange pas les bidons. Il y a vraiment un âge pour tout, mes amis seniors. Évidemment, quand nous sortons du resto, aucune envie d'aller dans un bain et nous rentrons dormir.

La vapeur monte lentement du sol, envahit notre cerveau.

ZZZZ