Itsuku-Shima, l'île sacrée du shintoïsme

Itsuku-Shima, Miyajima, 2 noms pour la même île

Oui, Doudou, il y a 2 noms pour la même île, Itsuku-Shima ou Myiajima. Non, Doudou, je ne sais pas pourquoi (j'ai pas trop cherché non plus). Tout ce que je sais c'est qu'elle fait partie des 3 plus beaux sites du Japon, que son sanctuaire shintoïste et son Torii sont classés au Patrimoine Mondial de l'UNESCO et qu'il y a un ferry gratuit avec le Jr Pass pour s'y rendre (sourire d'extase de Doudou). Ouf, c'est déjà pas si mal, non ? Ah, j'oubliais, le train pour se rendre à l'embarcadère, ou le débarcadère selon que l'on part ou que l'on arrive, est aussi un train Jr Pass, donc gratuit !!! Doudou se pâme, vite des sels .

Les japonais ont une faculté étonnante, celle de dormir facilement dans les transports en commun. En arrière la bouche ouverte, en avant derrière un rideau de cheveux...Rien ni personne ne les perturbe. Ils ne craignent aucunement d'être dévalisés, se réveillent à la bonne station, impressionnant. Le paysage défile, derrière les cheveux...Rien! Pas un mouvement, pas un regard qui coule entre les mèches. Brrr, c'est plutôt flippant. Qui ou quoi se cache sous cette noire cascade ? Une employée japonaise debout aux aurores tous les jours pour se rendre au travail ?  Une jeune étudiante épuisée par le stress de la réussite et les nuits sans sommeil à travailler d'arrache pied ? Ou... Autre chose ?

Nous approchons du terminus et... Toujours rien, je n'ai pas vu le visage de ma voisine. Mon éternelle imagination galopante me fait inventer des scénarios invraisemblables. Quoique..Peut être que je suis dans la matrice et que la jeune fille n'existe pas. Ou bien, je suis dans la 4ème dimension et à l'arrivée du train, elle relèvera la tête, me sourira avant de se transformer en monstre pour m'avaler !Vite Doudou, descendons du train et attrapons le prochain ferry pour Myiajima.

Au loin, la petite île de 30,39 km2 (dixit Wikipédia, je n'ai pas mesuré) s'entrevoit derrière un rideau de brume, tandis que nous traversons un rideau de pluie. Après le rideau de cheveux...Ça fait beaucoup. J'espère que sur l'île, le temps va se lever (de rideau hi hi). Et que Gozilla n'est pas tapi derrière !

Nous traversons la mer intérieure de Seto, parsemée de parcs à huitres. Myiajima surgit soudain, ses monts nimbés d'une brume humide et translucide. Entre gris et vert, une forme rouge se détache, appelle le regard : le célèbre Torii Flottant, le portail shinto incarnant"la frontière entre monde profane et monde sacré" . Sa silhouette semble minuscule, comme si les divinités shintô nous faisaient sentir notre propre petitesse humaine.

Mais lorsque nous approchons, après avoir fendu une foule dense et compacte frisant l'irrespect, ses 16,6 m de hauteur et ses 60 tonnes domptent la mer dans laquelle ses 6 piliers reposent sans effort. L'objectif se veut taquin, il plonge le Torii Flottant dans l'ombre, tentant de dissimuler son rouge vermillon. En vain, la couleur rouge sensée éloigner les mauvais esprits rejaillit aussitôt.

200 mètres le sépare, à marée basse, du sanctuaire Itsuku-shima (Itsukushima-Jinja). Construit sur des pilotis, il est un lieu sacré du shintoïsme et s'étend sur 431,2 hectares. Ses bâtiments furent détruits par le feu et reconstruits par la flamme de la croyance. Le Mont Misen et sa forêt primitive demeurée intacte le surplombent. Le pavillon des trésors et la pagode à 5 étages l'entourent.

Le Pavillon des Trésors ? Je devine des oreilles dressées, des yeux qui s'allument. Ne rêvez pas, ni or ni bijoux précieux dans ce pavillon mais des sutras bouddhistes, des peintures, des poteries etc. La visite est rapide, l'éclairage ne met pas en valeurs les objets. Pas l'endroit le plus passionnant de l'île à visiter bien que certains éléments exposés soient classés trésors nationaux. Mais bon, je vous mets quelques photos, histoire que Doudou n'ai pas bossé pour rien.

GO, Doudou, il faut grimper un peu le Mont Misen. combien de mètres ? 535 mais pas le temps d'aller jusqu'en haut, vu que tu passes un petit peu beaucoup de temps à photographier... J'ai droit à un regard noir. Vite, changeons de sujet avant que la situation ne dégénère. Regarde, d'ici tu as un superbe point de vue en hauteur du Torii et de la mer. Oh, un ferry !

Le ciel n'est plus aussi plombé, l'ambiance non plus. J'emmène rapidement Doudou vers un autre terrain de jeu : le Daisho-in, un temple bouddhique dissimulé dans la végétation. Oui, on dit un temple bouddhique et pas bouddhiste. Ce dernier vocable (je cause bien) s'utilise surtout pour les personnes. Bon, on peut dire temple bouddhiste aussi, ne chipotons pas. Forcément, nous l'atteignons par le dessus et non par l'entrée et voyons d'abord son toit dépassant des arbres. Pas mal comme approche.

Crée en 806, Daisho-in est stupéfiant et constitué de plusieurs constructions. Voué au culte de Bodhisattva Kannon, ce temple offre au regard une multitude d'objets et de statues que l'on prend plaisir à observer ou à découvrir sans qu'on s'y attende. 

Mystérieuse ambiance au détour des chemins, sérénité des lieux sous les multiples regards bienveillants des statues qui semblent vivre.  Les roches arrondies habillées de mousse soyeuse accompagnent la réflexion humaine qui tente de se retrouver dans le dédale de son questionnement.

Sourd, muet,  aveugle au destin de l'humanité ou simplement en quête d'une vie spirituelle et de la sagesse qui manque tant à notre état d'être humain ?

Les 500 bouddhas qui accompagnent notre chemin nous soufflent peut être un embryon de réflexion,encore faut-il que nous soyons à même de ressentir et de comprendre.

Regarde, Doudou, un Tengu ! c'est un être maléfique. Son nez me fait penser à quelqu'un...Mmmm. Je ris intérieurement, l'appendice nasal de mon chéri tourne un peu hi hi.

La marée doit être basse maintenant, on retourne au Torri histoire de voir à quoi il ressemble hors de l'eau? doudou acquiesce, du moment que je ne parle plus de son nez (qui est mignon tout plein).

Au passage, Doudou prend une photo de la pagode à 5 étages dont la base est envahie de touristes puis nous mangeons notre spécialité favorite du moment : des spaghettis ! Pas d'huitres ? Ben, non. Nous n'en mangeons déjà pas en France, alors au Japon, pas question. Nous sommes plus foie gras, chacun ses goûts.

L'objectif est un petit plaisantin, il fait le point sur le rouge pour mieux mettre en valeur le Torii Flottant libéré de sa gangue liquide. Dans la chair tendre de  ses piliers de cèdre et de camphrier, pèlerins et visiteurs ont planté des pièces de monnaie que la mer tente inlassablement d'arracher au gré de ses humeurs.

Le ferry nous appelle, il s'éloigne de Myiajima, Itsuku-Shima, l'île sacrée aux 2 noms. La brume humide et translucide a déposé une écharpe au sommets des monts, la mer revient baigner le Torii Flottant et franchit à nouveau "la frontière entre le monde profane et le monde sacré".